Une Afrique qui triomphe, sans l’Ifriqiya qui sombre
- Gebril Ferhat
- 28 juin
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Jamais autant d’équipes africaines ne s’étaient qualifiées pour une Coupe du monde. La plupart diront que cela est dû à l’élargissement de la compétition à 48 équipes, certes. Cependant, jamais autant d’équipes africaines ne s’étaient qualifiées en phase finale d’un Mondial. D’autres diront que cela est dû au principe des meilleurs troisièmes, peut-être. Néanmoins, depuis la demi-finale marocaine de 2022, une chose est sûre : l’état d’esprit africain en Coupe du monde a changé.

9 équipes qualifiées sur 10, un quasi-sans-faute pour des équipes africaines qui ont su nous faire vibrer de toutes les manières possibles, entre surprises, suspense et maîtrise. Retour sur ces trois journées africaines en Amérique du Nord.
J’ai des bonnes et une mauvaise nouvelle ! Commençons par la mauvaise.
Si 9 équipes sur 10 se sont qualifiées, c’est bien qu’il manque une équipe.
Douze buts encaissés, une fédération pointée du doigt, un coach remplacé, un nouvel entraineur dont l’avenir est incertain et l’avant-dernière équipe du Mondial en termes de points et de goal average… Voici ce qui a marqué la phase de poules de la Tunisie.
Emmenée par Sabri Lamouchi, ancien international français d’origine tunisienne, le quasi-champion du monde 1998 n’a pas su élever son équipe au niveau d’une sélection prête pour la Coupe du monde. Dès le premier match face à la Suède, les Aigles de Carthage ont encaissé cinq buts, s’inclinant finalement 5-1. Résultat : Sabri Lamouchi est limogé en plein tournoi, remplacé à la hâte par le pompier Hervé Renard.
Le sorcier blanc est bien à l’origine d’exploits à la tête d’équipes africaines ou encore asiatiques, mais la marche était trop haute et, finalement, les Tunisiens sortent du mondial avec un triste bilan : une nouvelle défaite 4-0 face au Japon, puis un revers 3-1 contre les Pays-Bas.
Les Aigles se tournent vers l’avenir, cependant il n’est pas fameux : on ne sait toujours pas si le nouveau coach va rester et la fédération est empêtrée dans des affaires de corruption… Le football tunisien vit sans doute ses pires années.

Après l’orage, le beau temps, cap sur la surprise verte de ce mondial.
Première Coupe du monde de son histoire pour les Requins bleus, eux qui n’ont participé qu’à deux Coupes d’Afrique auparavant. Le Cap-Vert a directement annoncé la couleur dès le premier match, accrochant l’Espagne sur un valeureux 0-0.
Jouant avec le cœur, on aurait pu se dire que ce 0-0 n’est finalement qu’une erreur de parcours des Espagnols, favoris face à une équipe capverdienne organisée en bloc bas devant un Vozinha impérial dans les buts, mais qu’elle finirait par craquer. Eh bien non.
Un autre match nul face aux Uruguayens, pourtant habitués du Mondial, marquant au passage leurs deux premiers buts dans la compétition, puis un nouveau 0-0 face à des Saoudiens pourtant toujours en lice pour la qualification, et voilà comment les hommes du capitaine Ryan Mendes se qualifient pour les seizièmes de finale, non pas en tant que meilleurs troisièmes, mais deuxièmes d’un groupe composé de l’Espagne, première, devant un Uruguay et une Arabie saoudite éliminés, s’il vous plaît.
Toujours invaincus, les Capverdiens vont cependant s’attaquer à une montagne : l’Argentine… Mais bon, attachez vos cœurs, on n’est à l’abri de rien avec les Requins bleus.
Une maîtrise royale, un héritage se confirme.
Le premier gros choc de cette Coupe du monde a vu s’affronter le grand Brésil face à une équipe africaine. Revenons dix ans en arrière : ce genre de discours nous semblait juste irréaliste. C’est pourtant ce que le Maroc est devenu : un véritable outsider de cette Coupe du monde, rien que ça.
Dans un match plutôt fermé, finalement habituel quand deux favoris/outsiders s’affrontent, les Marocains sont sortis de ce duel face au recordman de victoires en Coupe du monde avec un nul 1-1, plein de promesses. Une victoire 1-0 face à l’Écosse, avant un match accrocheur, mais victorieux face à une valeureuse équipe haïtienne (4-2), et voilà les Lions de l’Atlas qualifiés en tant que deuxièmes du groupe C derrière le Brésil. Prochaine étape : un gros choc face aux Pays-Bas, à la portée des quatrièmes du dernier Mondial qatari.

En quête d’ivoire, en quête de gloire
Emmenés par Emerse Faé, dont la légitimité n’est désormais plus à démontrer, les vainqueurs de la CAN 2024 retrouvent une Coupe du monde qu’ils n’avaient plus disputée depuis 2014. Et quel retour ! Une victoire 1-0 face à l’Équateur pour leur premier match, avant une défaite, certes rageante, mais surtout pleine d’enseignements, arrachée par les Allemands dans les toutes dernières minutes de la rencontre (2-1).
Il ne manquait plus qu’une victoire pour assurer une qualification historique en phase finale aux Éléphants, et c’est la modeste équipe de Curaçao qui a servi de dernier obstacle, finalement franchi grâce à un succès 2-0.
Équipe africaine la plus impressionnante derrière le Maroc, les Éléphants semblent avoir tout ce qu’il faut pour poursuivre leur aventure. Prochaine étape : la Norvège.
Deuxième place historique pour une équipe pharaonique
Avec le plus grand nombre de CAN remportées, l’Égypte n’a pourtant jamais vraiment brillé en Coupe du monde : seulement quatre participations. Les Pharaons, qui avaient manqué l’édition 2018, avaient à cœur de se racheter.
Réputée pour être une équipe pénible à jouer, l’Égypte a vu la Belgique s’en mordre les doigts dès le premier match. Accrocher les Diables rouges avec un match nul 1-1 grâce à un but d’Emam Ashour, voilà de quoi parfaitement lancer la compétition. Le deuxième match ne fut ensuite qu’une formalité, avec une victoire 3-1 face à la Nouvelle-Zélande.
L’équipe, dont la majorité des joueurs proviennent du championnat égyptien, en a fini avec le monopole des ogres d’Al Ahly ou du Zamalek, qui perdent au fil des années des représentants dans les convocations des Pharaons. Le vivier de la sélection s’oriente désormais vers d’autres clubs du pays, comme Pyramids FC, vainqueur de la Ligue des champions de la CAF en 2025.
Toujours guidés par leur capitaine Mohamed Salah, les hommes de la légende africaine Hossam Hassan se sont partagé les points face à l’Iran 1-1. Deuxièmes du groupe, synonyme d’une qualification historique en seizièmes de finale, les coéquipiers du Ballon d’or africain 2017 et 2018, devront se défaire de l’Australie pour continuer à bâtir leur pyramide vers les sommets.
Dakar, Kinshasa, Accra et Alger : quatre villes où être troisième vaut de l’or.
Vive les meilleurs troisièmes ! Avec quatre places sur huit, nos équipes africaines ont su profiter de cette nouveauté.
Placés dans le groupe du champion du monde 2018 et finaliste de la dernière édition, les Lions de la Teranga ont peiné face à des Français portés par le capitaine Mbappé, auteur d’un doublé. Défaite 3-1 malgré un but de l’entrant Ibrahim Mbaye mystifiant son adversaire direct, de quoi nourrir des espoirs chez les Sénégalais.
Ces espoirs seront vite éteints par un doublé d’Erling Haaland et une défaite face à des Norvégiens très solides (3-2). Les Sénégalais sont quasiment éliminés. Il faudra attendre la victoire 5-0 face à l’Irak, soignant le goal average tout en chipant la dernière place des meilleurs troisièmes. Seule équipe qualifiée avec trois petits points, le Sénégal avait un pied dans l’avion du retour. Il faudra enfin atterrir pour les champions d’Afrique 2019 (et 2025 pour certains), car ils n’ont plus le droit à l’erreur.
Un match nul face au Portugal de Ronaldo, une défaite rageante face à la Colombie et, finalement, une victoire au bout du suspense face à l’Ouzbékistan : les coéquipiers de Yoann Wissa se qualifient pour les seizièmes de finale en tant que meilleurs troisièmes. La République démocratique du Congo, passée par les barrages, va affronter une Angleterre qui a du mal avec les équipes africaines.
Cette équipe africaine qui a embêté les Anglais, c’est le Ghana. Pas qualifiés pour la dernière CAN, on pensait les Black Stars en crise… Une victoire 1-0 face au Panama, un nul 0-0 face aux Anglais avant une défaite 2-1 contre les Croates, et les coéquipiers de Jordan Ayew iront affronter la Colombie en seizièmes de finale.

Dernier pays africain à jouer sa qualification, les Fennecs nous ont fait vivre les montagnes algériennes sur leur dernier match. Si tout avait mal commencé avec une défaite 3-0 et les trois buts argentins de Lionel Messi, les Verts ont ensuite bataillé pour venir à bout de la Jordanie (2-1)… avant ce dernier match face à l’Autriche.
Un nul suffisait pour qualifier les deux équipes, une défaite pour l’une ou l’autre et c’était l’élimination. Arrangement ? Au vu du passif de l’Autriche dans ce domaine, marquée par le « match de la honte » de 1982 face à l’Allemagne de l’Ouest, où un 1-0 qualifiait les deux équipes au détriment de l’Algérie, et de ce que le terrain nous a montré, il n’en est rien. Score final : 3-3, avec un doublé de Riyad Mahrez, dont le 3-2 dans le temps additionnel qualifiait les Algériens en tant que deuxièmes et faisait d’eux les adversaires de l’Espagne. L’égalisation autrichienne, une minute plus tard, évite finalement l’Espagne, qui affrontera l’Autriche. Les Algériens, eux, retrouveront la Suisse.
Afrique du Sud, au parcours sens dessus dessous.
Deux cartons rouges. Voilà ce qu’on retiendra du match d’ouverture de ce mondial entre l’Afrique du Sud et le Mexique. Défaite 2-0 face aux Mexicains, avant un match nul 1-1 contre la République tchèque. On voyait mal les Bafana Bafana se retrouver en seizièmes de finale, eux qui retrouvaient la Coupe du monde seize ans après leur Mondial à domicile.
Et pourtant, les Sud-Africains ouvrent le bal ce soir face au Canada, grâce à une magnifique victoire contre la Corée du Sud, pourtant supérieure sur le papier. Qualifiés en tant que deuxièmes, les Bafana Bafana vont tenter de prolonger le rêve africain un peu plus longtemps dans cette Coupe du monde.




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