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Un mondial déjà historique

  • Photo du rédacteur: Benjamin Muller
    Benjamin Muller
  • 8 juin
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

ANALYSE. Dans trois jours, la Coupe du monde 2026 débutera. Elle aura lieu du 11 juin au 19 juillet au Canada, au Mexique et aux États-Unis. Une édition qui s’annonce historique sur le plan sportif et désastreuse en dehors des terrains, en raison de la politique menée par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche. Tiki-Taka vous explique pourquoi.


Le trophée de la Coupe du monde FIFA
Le trophée de la Coupe du monde FIFA

Ça y est, nous y sommes. Un peu moins de quatre longues années d’attente, et dans quelques heures, ce sera le début des festivités. 1291 jours après la victoire de l’Argentine face à la France lors du Mondial au Qatar, en 2022, la Coupe du monde est de retour dans un format inédit. Une édition qui restera à jamais gravée dans l’histoire pour plusieurs raisons. Du 11 juin au 19 juillet, ce sont 48 nations, et non plus 32, qui vont s’affronter, au Canada, au Mexique, mais surtout aux États-Unis, pour décrocher le Graal, une première dans l’histoire de la compétition.


Qui succédera à l’Albiceleste ? Seul le futur nous le dira. En revanche, plusieurs équipes prennent des allures de favoris. À commencer par les hommes de Didier Deschamps. Vainqueur en 2018 et finaliste malheureux en 2022, l’équipe de France arrive sur le continent américain en tant que numéro un au classement FIFA (avant la défaite en amical face à la Côte d’Ivoire jeudi 4 juin, les faisant passer troisième derrière les Argentins et Espagnols). Et notamment avec des joueurs en pleine confiance comme Barcola, Zaïre-Emery, Désiré Doué, récents vainqueurs de la Ligue des champions avec le PSG. Sans oublier Ousmane Dembélé, Ballon d’Or. Il y a aussi Mbappé, qui a fini meilleur buteur en Liga, et Michael Olise avec ses 22 buts et 26 passes décisives en 52 matchs avec le Bayern Munich cette saison. Sur le papier, tout semble écrit pour offrir à DD une dernière danse sur le toit du monde. Mais prendre le récit dans ce sens serait un acte de négligence vis-à-vis des autres nations.


La recette magique de Luis de la Fuente


De l’autre côté des Pyrénées, entre 2012 et 2024, la Roja est tombée dans le creux de la vague. Des éliminations prématurées, un jeu de possession à dormir debout, clairement l’Espagne n’avait plus rien d’imprévisible. Mais c’était sans compter sur l’émergence d’un jeune ailier droit, gaucher, formé au FC Barcelone (et non, je ne parle pas de Messi) qui allait redonner un élan offensif, surfant sur la nouvelle vague espagnole avec son équipe. Il est bien sûr question de Lamine Yamal.


Vainqueur du dernier Euro, en 2024, face aux Anglais sur le score de deux buts à un. Les hommes de Luis de la Fuente poursuivent leur montée en puissance depuis ce sacre. Qualifiés depuis le 18 novembre 2025 pour la prochaine Coupe du monde, les Espagnols ont réalisé un sans-faute lors des éliminatoires en finissant premiers du groupe E. Avec cinq victoires et un match nul en six matchs, mais surtout vingt-et-un buts inscrits pour seulement deux buts encaissés, les coéquipiers de Yamal ont surclassé leur poule. De larges succès tels que 6-0 lors de leur déplacement en Turquie lors de la deuxième journée ou deux fois 4-0 face à la Bulgarie et en Géorgie. Une domination qui renforce davantage leur statut de favori de la compétition.



La Roja lors de leur sacre à l'Euro en 2024
La Roja lors de leur sacre à l'Euro en 2024

Le style de jeu mis en place par le coach de 64 ans, en poste depuis 2022, rappelle les grandes heures du football espagnol lors des années 2010. Tout en ayant réinventé à sa sauce l'iconique tiki-taka. Plus de verticalité, pressing haut, transitions rapides articulées autour d’une possession du ballon et de passes courtes. La recette magique de Luis de la Fuente a comme base de préparation un 4-3-3, permettant d’avoir un milieu dense pour contrôler la balle et des ailiers qui étirent les lignes de la défense adverse. Un système bien huilé qui pourrait permettre à l’Espagne d’ajouter une seconde étoile sur leur maillot.


La fin d’une ère


D’autres nations enfilent aussi ce t-shirt de favoris. Notamment outre-Manche, les Three Lions pourront s’appuyer sur le meilleur buteur du monde en la personne de Harry Kane (66 buts en 56 matchs TCC cette saison) ou sur Declan Rice, un des meilleurs milieux de terrain sur les derniers mois, qui vient de remporter la Premier League avec Arsenal.


Messi disputera ses dernièrs matchs avec l'Argentine cet été
Messi disputera ses dernièrs matchs avec l'Argentine cet été

Pour le Brésil, le Portugal ou l’Argentine, bien que faisant partie des favoris, une autre donnée rentre en compte. Celle de la fin de leur icône, de leur légende, de leur Dieu. Neymar, Cristiano Ronaldo et Lionel Messi s’apprêtent à jouer leur dernier mondial. Il sonne la fin d’une ère et le commencement d’autre chose, qui sera forcément différent et dont la nostalgie fera sa place dans la case des émotions futures. Cette fin de cycle rajoute un poids à chacune des nations concernées : celui de porter ces joueurs dans leur ultime challenge international en les emmenant au sommet de l’Olympe du football.


Ce sera aussi la dernière Coupe du monde d’autres légendes de ce sport, que ce soit de façon générale ou plus centrée sur le mondial lui-même. Guillermo Ochoa (sixième mondial en 2026), Luka Modric, Manuel Neuer, Fernando Muslera, Sadio Mané, Ivan Perisic ou encore James Rodriguez sont autant de noms que l’on ne reverra plus dans quatre ans. Voire déjà dans le premier rassemblement post-mondial de leur pays respectif.


Des nations attendues au tournant


Cette “World Cup” restera aussi à jamais gravée dans les mémoires de plusieurs pays. Forts d’une première qualification pour un mondial, la Jordanie, le Cap-Vert, l’Ouzbékistan et le Curaçao se rendent en Amérique avec le devoir presque déjà accompli. Mais sachant que le football est imprévisible et offre de temps à autre de si belles histoires, il faudra suivre le parcours de ces néo-mondialistes. Qui sait ce que peut nous réserver une nation qui vient jouer sans complexe, avec comme seul mantra de rendre fier un pays qui écrit déjà l’une des plus belles pages de son histoire sportive.


Certaines équipes sont quant à elles attendues au tournant. C’est le cas du Maroc, vainqueur de la dernière CAN sur tapis vert, qui arrive en Amérique avec le statut de dernier demi-finaliste de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Une montée en puissance des Lions de l’Atlas, qui comptaient sur la Coupe d’Afrique à domicile en janvier dernier pour poursuivre leur marche en avant. Sauf que cette dernière a plutôt engendré de grands remous suite à la victoire du Sénégal. Champion après avoir quitté le terrain de longues minutes pour protester contre la décision arbitrale d’accorder un penalty au Maroc dans les ultimes instants de la rencontre. S'en est suivie la démission du sélectionneur Walid Regragui, le 5 mars dernier. Remplacé depuis par Mohamed Ouahbi, ancien coach des U20 du Maroc.


Le Curaçao va participier à sa première Coupe du monde
Le Curaçao va participier à sa première Coupe du monde

Pour rester sur le continent africain, l’Algérie aussi est attendue après la liste très controversée (dévoilée après l’arrivée des joueurs au pays) pour le mondial de Petkovic. L’opinion publique se demande pourquoi certains joueurs ont été sélectionnés au détriment d’autres, qui pourtant auraient mérité d’être sélectionnés par leurs performances en club. Passe-droits et copinages n’ont pas empêché les Fennecs de remporter leur match amical face aux Pays-Bas, grâce à une splendide frappe enroulée pied gauche d’Anis Hadj Moussa.


Le Japon, malgré une élimination en huitième de finale face à la Croatie aux tirs au but, faisait partie des bonnes surprises du dernier mondial. Un style de jeu attractif articulé autour d’une discipline tactique poussée à son paroxysme, un pressing très fort et une volonté de vouloir chercher haut l’adversaire font la force de cette équipe. Les Samouraïs Bleus veulent enfin prouver qu’ils font partie des meilleures équipes de football au monde. Mais sauront-ils proscrire leurs défauts en étant plus rigoureux défensivement, et en essayant de temporiser un peu plus le jeu face au bloc bas ?


Trump utilise le sport comme “soft power”


Sortons du prisme de la performance sportive. Il est l’heure des à-côtés. La Coupe du monde est d’ordinaire une grande fête populaire, un événement autour duquel les gens se rassemblent et partagent des moments de vie inoubliables. Le pays hôte met généralement entre parenthèses ses soucis quotidiens et se laisse porter par l’effervescence présente durant le mois de compétition. Et c’est ce qui commençait, semblait-il, à se profiler aux États-Unis, avant le retour de Donald Trump à la présidence du pays, le 20 janvier 2025.


Depuis qu’il a remis ses pieds sous le bureau ovale de la Maison-Blanche, Donald Trump et sa politique orchestrée tant sur le plan intérieur qu’à l’international secoue le monde entier, au point de braquer tous les regards sur ce dernier. Un symbole d’égocentrisme, voulant faire de sa personne un soi-disant maître du monde.


Au-delà d’être un point de rencontre entre toutes les problématiques soulevées par les agissements de l’administration Trump depuis plus d’un an : lutte contre l’immigration et le narcotrafic, tentatives de résolution de conflits, guerre lancée contre l’Iran. La prochaine Coupe du monde au Mexique, au Canada, mais surtout aux États-Unis, où se joueront 78 des 104 matchs prévus, agit de sorte à maintenir une certaine image de Trump. Il a compris qu’il pouvait utiliser la scène sportive comme “soft power” afin de marquer un peu plus son empreinte et montrer la puissance que sont les États-Unis.


La "bromance" entre Infantino et Trump


Et cela devient d’autant plus facile lorsque le président de la FIFA, Gianni Infantino, “spectateur impuissant des préparatifs d’un événement dont il est pourtant censé assurer la bonne tenue”, lui accorde toute la reconnaissance et la liberté d’action nécessaires que s’approprie volontiers, et sans demander, Donald Trump pour mener à bien ses idéaux. Le premier “prix de la paix FIFA” remis à ce dernier, le 5 décembre 2025, n’est que la matérialisation de tout un écosystème politique visant à ériger Donald Trump en héros mondial. Et une manière aussi pour Gianni Infantino de “s’attirer les bonnes grâces de celui qui rêve de devenir un jour prix Nobel” selon Stéphane Lauer, éditorialiste au Monde.


Le président de la FIFA ayant même tenté de provoquer une poignée de main entre le dirigeant sportif israélien, Basim Sheikh Suliman, et celui palestinien, Jibril Rajoub, fin avril. Lui qui assure pourtant ne pas faire de la politique. Sa présence aux côtés de Donald Trump lors du sommet de la paix au Proche-Orient à Charm El-Cheikh, en Égypte, en octobre 2025, témoigne de tout l'inverse, dans une relation de "bromance" qui s'installe également de plus en plus entre les deux personnages.


Gianni Infantino remettant le premier "prix de la paix FIFA" à Donald Trump
Gianni Infantino remettant le premier "prix de la paix FIFA" à Donald Trump

Machiavel, comme le surnomme certains, a loué de nombreuses fois le Mondial “le plus inclusif de l’histoire”. Suffisant pour justifier la marginalsation des questions écologiques ? Puisque cette Coupe du monde sera probablement la plus polluante de l’histoire. "La Coupe du monde de football qui commencera en juin et fera le bonheur de milliards de téléspectateurs à travers le monde, devrait produire environ 9 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre", rapporte Yale Climate Connections. Le double des dernières éditions.


Des signaux "au rouge" selon Human Rights Watch


Il semble apporté également peu d’importance à la politique migratoire répressive de Trump et à la présence de l’ICE dans les villes hôtes. Pour rappel, selon un document interne cité par CBS News, l’ICE a procédé à près de 400 000 arrestations (arbitraires ?) entre le 21 janvier 2025 et le 31 janvier 2026, dont moins de 14% seraient liés à des crimes violents. De nombreux témoignages de supporters étrangers ou résidents américains aux origines notamment latines font par de l'angoisse à l'idée d'aller regarder un match de Coupe du monde de leur pays, par peur de se faire arrêter à la sortie du stade, ou en se promenant dans la ville la journée par exemple. Le choix a été radical pour d'autres qui ont décidés de tout simplement ne pas se rendre au stade, à leur grand désarroi.


La question liée aux restrictions des visas n'a pas l'air, non plus, de faire partie de sa liste des priorités à quelques jours du mondial, alors que de nombreux ressortissants étrangers se rendent sur les lieux du tournoi tous les quatre ans. Les derniers évènements en date : le photographe officiel de la sélection irakienne, Talal Salah, s'est vu refusé l'entrée aux États-Unis et l'administration américaine a révoqué les autorisations ESTA (document permettant de pouvoir voyager aux États-Unis) pour de nombreux supporters écossais. Pour l'ONG Human Rights Watch, "tous les signaux sont au rouge" avant le début de la compétition, que ce soit au niveau des droits des migrants, du risque de discrimination, de liberté de la presse, de surveillance policière, des droits des supporters et de la protection des travailleurs.


Tout en favorisant toujours plus le “football business” avec des sièges, des transports et des logements aux prix exorbitants, dans un pays où le “soccer” est loin d’être au cœur du "je". Une question mérite de se poser : est-ce que M. Infantino ira jusqu'à proposer à Donald Trump de soulever lui-même la Coupe du monde à la place des futurs vainqueurs le 19 juillet prochain ?






 
 
 

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